mardi 18 novembre 2008
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174 - Novembre 2008
 

- LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE.

  • Au-delà de la honte
  • Bernard Kouchner, le ministre compassionnel
  • De la lucarne au soupirail…
  • L’Afrique disparue !
  • L’Afrique zappée !
  • Des armes pour les droits de l’homme !
  • Le piège de la vertu
  • À fleur de presse

- CÔTE D’IVOIRE Trafigura en offshore
Grande absente du procès des déchets toxiques, Trafigura pourrait être la véritable bénéfi ciaire de cargaisons pétrolières ivoiriennes.

- RWANDA La face cassée de la République (épidode 3)
Un déchirement progressif Alors que se préparent les commémorations des quinze ans du génocide des Tutsi rwandais en avril 009, nous rappellerons, chaque mois, dans une série d’articles la complicité de la France dans cette tragédie.

- CONGO BRAZZAVILLE Sauterie chez Sassou
La revue Passages organise, depuis 00 , le Forum mondial du développement durable.

- MAYOTTE Un génocidaire recyclé dans les faux papiers

- BURKINA FASO Compaoraison funèbre
Prince Yormie Johnson affi rme avoir aidé Blaise Compaoré, à éliminer Thomas Sankara. Un aveu qui donne un nouvel éclairage à un triste épisode de la Françafrique.

- FRANCE SOUDAN Un « premier pas… » vers quoi ?
La France manoeuvre pour soustraire Omar Al-Bachir des griffes de la CPI.

- AFRIQUE Déchets toxiques : un scandale qui s’éternise
D’Abidjan à Accra, les pays du Nord se débarrassent de leurs déchets toxiques.

- MAURITANIE Le grand écart de la France
La position de la France est de plus en plus schizophrène.

- À LIRE, Sarko en Afrique, de Stephen Smith et Antoine Glaser

- Le livre que Nicolas Sarkozy et Henri Guaino ne liront pas
Petit Précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy

- CAMEROUN Après les émeutes de la misère
Malgré les révoltes populaires, le régime camerounais s’obstine à réprimer toutes formes de constestation sociale et politique.

Edito
Sortir du SMI (Système de Misère Imposée)
 

Alors que le vaisseau de la finance mondiale est ballotté sur les flots déchaînés de l’océan de la spéculation et que vacille l’« ordre » capitaliste, victime de sa jactance effrontée, on a l’amère satisfaction de voir nos hommes politiques découvrir tout à coup l’existence et les vices des paradis fiscaux, au moment où les sociétés développées sont directement menacées par les conséquences de l’avidité incontrôlée de ces zones obscures établies pour piller impunément toutes les ressources disponibles.

Mais cela fait bien longtemps que leur malfaisance était à l’oeuvre, depuis que les capitaux arrachés aux pays pauvres par les superbénéfices des multinationales, par les détournements de fonds, par la corruption y ont trouvé refuge, comme l’indique l’appellation anglo-saxonne de tax haven, traduite en français par « paradis fiscal ». Ces capitaux cherchent bien sûr à échapper aux prélèvements fiscaux mais surtout à l’identification de leur origine. Ils vont ensuite, blanchis à travers diverses chambres de compensation, nourrir la spéculation effrénée dans l’ivresse d’enrichissement de traders fous. Ce système a été dénoncé depuis longtemps par des économistes conscients, qui n’attribuaient la misère des pays pauvres ni à la fatalité, ni à l’incurie de leurs habitants, mais à l’exploitation éhontée des ressources et des hommes par le capitalisme des grandes puissances économiques, qui fermaient les yeux sur les mécanismes d’extorsion massive dont étaient victimes les plus pauvres.

Il faut que cette lèpre atteigne les zones « développées » pour que tout à coup les responsables politiques prennent peur. Le capitalisme mondial, à force de se nourrir de la misère, voit ses appétits décuplés. Il va dévorer ses propres enfants, ceux qui se pensaient bien à l’abri dans son giron. D’où, en effet, pouvaient bien venir les rémunérations gigantesques des patrons des multinationales, les dividendes mirifiques de leurs actionnaires ? Non de la juste rétribution d’un travail précieux ni de la récompense d’une épargne vertueuse, mais de la violence massive et anonyme qui assure la pérennité du désordre mondial.

On attendait la révolte des pauvres et c’est à l’effondrement du système sous l’action mortifère de ses propres excès qu’on va assister. On est sidéré devant les sommes pharaoniques mises, sans tambour ni trompette, au service du sauvetage du système d’exploitation de l’humanité, alors qu’on ne trouve que quelques malheureux sous, accordés à grands cris, pour sauver l’humanité elle-même.

Si le Trésor français peut sauver ses banques c’est parce qu’il dispose des 11 000 milliards de francs CFA que les pays très pauvres de la zone franc sont contraints d’y déposer.

Les financements de l’AFD ne représentent qu’une petite partie de ce que rapportent ces fonds au Trésor français. C’est le Sud qui finance les extravagances spéculatives du Nord. C’est cela qui doit changer. Le système arrogant de domination monétaire du monde n’était qu’un vaste chaos. Si, par conformisme, manque d’audace et d’imagination, on le laisse se restaurer encore aux dépens des plus pauvres et engendrer encore et toujours les guerres dont il se nourrit, on aura perdu une chance de s’engager hardiment sur des voies entièrement nouvelles en rendant à la monnaie sa seule fonction d’échange équitable entre les peuples et en lui enlevant le pouvoir exorbitant de s’enfler au gré des ambitions démentielles de quelques apprentis sorciers.

Odile Tobner

 
 
Brèves d'Afrique et d'ailleurs

novembre 2008 : Au-delà de la honte

 
La situation dans l’est du Congo, dans la province du Kivu, est une honte pour l’ONU. La Monuc, forte de 17 000 soldats, censée protéger les populations de cette province où les hostilités n’ont pas cessé depuis plus de dix ans s’est illustrée par divers scandales mais jamais par sa capacité à faire régner un ordre quelconque, malgré son coût annuel d’un milliard de dollars. Son dernier commandant, le général espagnol Vicente Dias de Villegas, nommé le 25 août, a démissionné le 28 octobre.
La situation au Kivu est également une honte pour le gouvernement de la République démocratique du Congo, incapable d’assurer l’autorité de l’État dans cette province, incapable surtout de contrôler l’armée gouvernementale, les Fardc, qui s’illustrent par leurs exactions contre la population civile et s’enfuient devant les bandes armées. La population du Kivu, où les victimes des guerres qui font rage depuis plus de dix ans se comptent par millions, où plus d’un habitant sur quatre est déplacé et a perdu tous ses biens, vit son martyre dans l’indifférence des autres pays, parce que sa cause n’est utile à aucun lobby de politique internationale, parce que les intérêts des multiples exploiteurs du Congo trouvent leur compte dans le désordre général. On constate, une fois de plus, que le mélange mortel des ambitions et des haines ethniques, ajouté à la convoitise pour un sol trop riche, aboutit à un désastre humanitaire que les crocodiles de tous les marigots politiques n’auront pas honte d’exploiter.
 

novembre 2008 : Bernard Kouchner, le ministre compassionnel

 
Si, dans leur livre Sarko en Afrique, Antoine Glaser et Stephen Smith restent aimables dans leur critique de la politique de Sarkozy sur le continent (lire page 10), ils sont, en revanche, plus incisifs à l’égard de Bernard Kouchner. Moins dangereux sans doute. Billets d’Afrique l’avait déjà souligné dès sa nomination : le ministre Bernard Kouchner est bien le poids plume de la politique étrangère de la France. Un peu comme son prédécesseur, Philippe Douste-Bla Bla. Les deux auteurs citent l’Élysée (sans plus de précisions quant à la source) : « Kouchner est un peu le ministre compassionnel, très visible, dans l’urgence, le court terme. À l’Élysée, nous travaillons plus sur la durée, le long terme. » L’illustration de ce que nous appelions, dans ces colonnes, la rhétorique déplorative de Kouchner (Billets d’Afrique n°169). Pis encore si on croit les déclarations du président ivoirien, Laurent Gbabgo : « Kouchner ne dirige pas vraiment un ministère. On ne lui a donné qu’un portefeuille et un cabinet. Quand il est venu me voir, j’ai reçu un émissaire de l’Élysée avant et après pour m’expliquer qu’il ne fallait pas tenir compte de ce que Kouchner disait – parce que ce n’était pas lui qui engageait la France. On s’est donc échangé des parisianismes (…) » Heureusement qu’il lui reste les caméras de télévisions pour exister !
 

novembre 2008 : De la lucarne au soupirail…

 
Antoine Glaser et Stephen Smith rapporte également les propos d’un officier français « las de l’enlisement français au Tchad » : « Kouchner est entré au gouvernement en échange de la promesse qu’il aurait un dossier très médiatique pour lui tout seul : le Darfour et ce qui tourne autour. C’est sa lucarne pour exister en dehors du contrôle de l’Élysée, auquel il n’échappe pas d’ailleurs. » En juin 2007, quelques semaines après sa nomination, Kouchner nous faisait la leçon en nous conseillant « d’être patient » à propos du Darfour. Et pour quel résultat ? Alors que la situation empire, l’Eufor, force plus française qu’européenne campant aux portes du Darfour, ne protègent pas grand monde, la France manoeuvre pour soustraire le président soudanais Omar Al-Bachir des griffes de la Cour pénale internationale (lire page 7) et en prime, le président tchadien Idriss Déby en a profité pour éliminer son opposition démocratique. Bravo l’artiste !
 

novembre 2008 : L’Afrique disparue !

 
Aveu du syndicat national des journalistes (SNJ) du Figaro : « Depuis que Mougeotte [directeur des rédactions] est arrivé, en décembre dernier, Dassault [propriétaire du Figaro] et lui sont sur la même longueur d’onde : “(…) Il y a des sujets qu’on ne traite presque plus, comme l’Afrique. » Les errements de la politique africaine de la France, pilotée par l’Élysée, seraient-ils devenus trop voyants ?
 

novembre 2008 : L’Afrique zappée !

 
Dans la même veine, le site Bakchich.info (nous apprend que France Télévision qui retransmettait, le 23 septembre, la cérémonie des Trophées des arts afrocaribéens avait menacé d’annuler la diffusion si les organisateurs ne retirent pas de la sélection Livre, l’ouvrage de Boubacar Boris Diop, L’Afrique répond à Sarkozy : contre le discours de Dakar. Il valait mieux prendre les devants, des fois qu’il puisse être primé. Les organisateurs, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) ont donc cédé et décidé de ne pas décerner de prix littéraires. Comme si en supprimant toute critique, la stupidité du discours de Dakar pouvait s’estomper avec le temps !
 

novembre 2008 : Des armes pour les droits de l’homme !

 
C’est le 22 octobre que le neuvième rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France en 2007 a été publié. Pour Patrice Bouveret, président de l’Observatoire des armements, ce rapport dénote un net recul en matière de transparence et d’information sur les ventes d’armes françaises. Le contenu du rapport est largement plus consacré à justifier le plan de relance des exportations qu’à fournir des éléments permettant aux parlementaires de mesurer l’opportunité des exportations d’armes. On y apprend quand même, que les exportations françaises vers l’Afrique ont plus que doublé en un an, passant de 16 millions d’euros à 38 millions d’euros. Ainsi, les exportations vers le Tchad sont passées de 100 000 euros en 2006 à 5,4 millions d´euros l´année suivante. Pour ceux qui s’inquièteraient de la livraison d’armes à un régime qui enrôle des enfants dans son armée, pourchasse son opposition et au besoin la fait disparaître, il y a les paroles rassurantes du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Frédéric Desagneaux, pour qui une relance des exportations d´armes ne se fait jamais aux dépens d´une politique de défense des Droits de l´homme. Et rappelle que le gouvernement autorise uniquement les « ventes d´armes aux pays qui ne les retourneraient pas contre leur population ». On est prié de le croire !
En attendant, la France vient de vendre au Cameroun (lire page 12) des hélico antiémeutes mais elle ferme les yeux sur les mitrailleuses qu’on met dessus.
 

novembre 2008 : Le piège de la vertu

 
D’après La Lettre du Continent (n°549), « l’un des prochains rapports du Conseil des affaires étrangères (CSE) du Quai d’Orsay sera une enquête sur les ONG qui devraient bénéficier dans les prochaines années de 20 % de l’aide publique au développement (APD) française, selon le souhait de Nicolas Sarkozy – contre 7 % actuellement – ce rapport sera chargé de sélectionner les candidatures vertueuses à l’argent gouvernemental… Le chef de file de ce rapport sera sans doute Michel de Bonnecorse » L’ancien chef de la cellule africaine de l’Élysée sous Chirac et vieille figure françafricaine en parangon de vertu, il fallait y penser ! Mais chères amies ONG, surtout ne tombez pas dans le piège de la concurrence pour être parmi les meilleures ! Miaux vaut de celles qui reçoivent le moins de subventions plutôt que de celles qui se vendent avec leur âme et l’espoir d’un monde qui tourne un peu mieux.
 

novembre 2008 : À fleur de presse

 
Le Canard enchaîné du 29 octobre relève : « Dans la nuit du 21 au 22 octobre, l’Assemblée (clairsemée) a voté un amendement proposé par […] Frédéric Lefebvre. Cet amendement crée un « avantage fiscal » pour les « particuliers et entreprises qui souscrivent au capital des sociétés de financement du développement (Sofidev). » Et le volatile commente : « En Afrique principalement. Bénéficiaire potentiel de cette future niche : le groupe Bolloré […] Espérons que Vincent Bolloré a chaudement remercié son ami le Président. »
L’idée initiale était de défiscaliser les sommes que les Africains de la diaspora envoient au pays. Mais exit les placements dans les entreprises des pays concernés. Cependant on s’est gardé de prendre le modèle des investissements dans les DOM-TOM, qui profite effectivement aux particuliers qui y acquièrent des biens et développent ainsi la valeur foncière.
La création des Sofidev enlève toute initiative aux épargnants modestes. C’est un cadre idéal par contre pour les entreprises françaises qui exercent en Afrique. Défiscalisés à hauteur de 50 % (25 % pour les particuliers) les bénéfices qu’ils investiront en Afrique verront doubler la rentabilité déjà exceptionnelle (20 % en moyenne) de capitaux qui ne font qu’un petit tour en Afrique, juste le temps de s’enfler, avant de repartir bien vite se mettre à l’abri dans les paradis fiscaux. Qui a dit que la France n’avait pas besoin de l’Afrique ?
 

octobre 2008 : Silence radio !

 
C’est souvent que la diplomatie sarkozienne verse dans les grandes déclarations. Mais, il est des sujets où Paris est beaucoup moins disert voire aphone. Voilà deux mois que le rapport rwandais sur la complicité française dans le génocide (rapport Mucyo) a été publié. Alors que la France est accusée publiquement par un autre Etat, que 33 personnalités politiques et militaires françaises sont susceptibles de faire l’objet de poursuites judiciaires pour complicité de génocide, il est surprenant qu’elle se contente d’un haussement d’épaules. Qui ne dit mot, consent ?
 

octobre 2008 : Silence radio bis !

 
Le silence est aussi assourdissant quand il s’agit d’évoquer la disparition de l’opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh enlevé par la garde présidentielle d’Idriss Déby. Ce qu’a confirmé la commission d’enquête internationale réclamée par Nicolas Sarkozy lui-même.