Le président algérien Abdelaziz Bouteflika et les institutions internationales nous rejouent depuis quelques mois cet épisode du cancre qui intercepte son bulletin et qui, à la mention « très mauvais élève » du directeur, rajoute avant de le remettre à son père : « mais quand même ça va ».
Depuis 1992 et l’avènement des généraux algériens au premier plan du pouvoir, l’économie a pris un virage ultralibéral d’une barbarie inouïe. Pourtant, un récent rapport de l’institut américain Cato décrit l’économie algérienne comme « la moins libre du monde », classée 118ème sur 123 pays examinés. Il y a comme un bug là-dessous, que l’Institut Cato tente de minorer ensuite en indiquant que le pays « a une chance toutefois de voir ses performances s’améliorer dans les années à venir ». Depuis 1962, les Algériens vivent d’espoir et d’eau fraîche… L’espoir ne réside plus que du côté des rentiers de cette dictature. Quant à l’eau, elle est sur le point d’être mise sous la coupe du groupe Suez.
Relance en pétard mouillé
Bouteflika a lancé en 2001 un « plan de relance de l’économie » avec, parmi les nombreuses ambitions affichées, celle louable (divine surprise) de créer de l’emploi. Au bout du projet, entre 2001 et 2004, l’Algérie a compté 500 000 emplois… en moins, dans le seul secteur de l’industrie [Panapress-L’intelligent, 29/08]. Accessoirement, selon le Mouvement européen, l’Algérie compte « 60 % d’emplois précaires » [Liberté, 30/08]. Quant à la relance attendue, l’industrie algérienne a enregistré… « une baisse de 3 % au 1er trimestre 2005 » [Liberté, 29/08].
Milliards de mille sabords… en fond de cale
Cinquante-cinq milliards de recettes miraculeuses sont venues remplir les caisses, et « 22 milliards en 7 mois en 2005 » [Le Jeune indépendant, 22/08]. Les Algériens pour leur part ne se sont jamais réveillés aussi pauvres. Seule nouveauté, l’opposition générale au projet de « Charte » de Bouteflika a permis à la presse d’oser enfin découvrir le sort des Algériens : « bidonville », « sinistres », « coupures d’électricité », « assassinat », « protestations », « émeutes », « manque », « emprisonnement », « épidémies »…
Au demeurant, pris de panique par l’entrée massive d’argent due à la flambée du prix du pétrole, le Premier ministre algérien a dévoilé à la télévision son projet de loi de finances pour 2006 et 2007 : « Les recettes budgétaires prévisionnelles [sont faites] sur la base d’un baril de pétrole à… 19 dollars. » Pourquoi ? « Parce que je gouverne aujourd’hui avec un baril supérieur à 60 dollars, mais j’ai aussi gouverné avec le baril à 9 dollars en 1998… » explique fièrement Ahmed Ouyahia [El-Watan, 19/09]. Tout le monde sait que le pouvoir est tellement corrompu qu’il tape directement dans la caisse, mais le faire deux ans à l’avance, c’est tout de même assez inédit pour être signalé. Chapô les artistes !
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