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» Billets d’Afrique » 154 - 164 (année 2007) » 156 - Mars 2007 » France : A fleur de presse : Michel de Bonnecorse, l’Africain du président
 
 

France : A fleur de presse : Michel de Bonnecorse, l'Africain du président

 

Le Monde, Michel de Bonnecorse, l’Africain du président, Jean-Pierre Tuquoi, 16/02 :
« Au terme de cinq années au côté de Chirac le suzerain, Michel de Bonnecorse pense n’avoir pas démérité. Il a maintenu le pré-carré africain de la France malgré les vents contraires et les empêcheurs de tourner en rond. Les plus rudes d’entre eux, convient-il, ne furent pas les sorciers blancs qui rôdent dans les palais présidentiels africains, mais la poignée de juges français lancés aux trousses de chefs d’État du continent souvent au nom des droits de l’Homme. "Ils ont beaucoup compliqué notre politique africaine au Rwanda, en Angola, à Djibouti, en Mauritanie, au Congo Brazzaville. C’est une donnée nouvelle. Il faut le savoir et faire avec", lâche Michel de Bonnecorse. […]
La doctrine de M. Afrique, son vademecum, aura tenu en un mot : stabilité. C’est pour préserver la stabilité du Tchad que la France continue à appuyer Idriss Déby. "C’est loin d’être un modèle, mais il n’y a pas d’alternative", affirme M. de Bonnecorse. C’est encore en son nom que Paris a fermé les yeux lorsqu’au Togo Eyadema fils a succédé à Eyadema père."J’ai quand même dit et répété au fils qu’il ne pouvait pas s’asseoir dans le fauteuil du père sans passer par des élections. Vous voyez, on est des démocrates", lance-t-il, l’air narquois.
M. de Bonnecorse sait que ses jours sont comptés à la tête de la cellule Afrique. D’ailleurs, survivra-t-elle au départ de Jacques Chirac ? "Si elle disparaît, il faudra quelqu’un dans l’entourage du prochain président pour maintenir le contact direct avec les chefs d’État africains". »

Ces extraits d’un éloquent portrait de Michel de Bonnecorse, qui officie depuis cinq ans à la trop fameuse « cellule africaine » de l’Élysée, permettent de refroidir l’enthousiasme de ceux qui disent que la Françafrique n’existe plus. Les « empêcheurs de tourner en rond » ne sont bien sûr pas les « sorciers blancs » qui sévissent en Afrique, puisqu’ils sont les correspondants de ladite cellule. Il est évident que Debbasch et Bonnecorse ont agi de concert pour régler la succession du général président Eyadéma. L’aveu sans complexe, présenté le plus naturellement du monde, de la complicité avec le fils d’Eyadéma en dit plus long que tout un chapitre sur la nature de l’action sans scrupule de la France en Afrique. L’élection truquée par laquelle sont passés ces « démocrates » a quand même fait un millier de morts et des dizaines de milliers d’exilés. Bonnecorse plaisanterait moins si les parents des victimes portaient plainte contre lui pour complicité de crime contre l’humanité. Le jugement sur Idriss Déby est également assez renversant. Bonnecorse décide souverainement du sort des Tchadiens, cela va de soi. L’idée ne l’effleure même pas qu’ils pourraient choisir eux- mêmes leur « alternative ». Par « stabilité » il faut entendre l’étau de l’emprise française qui ne doit pas se desserrer.

Les « empêcheurs de tourner en rond », qui succèdent aux « emmerdeurs » dont parle moins élégamment Foccart dans ses Mémoires, ce sont tous ceux qui osent trouver indécent qu’on tue et qu’on vole impunément les Africains par fantoches interposés. Il faut mesurer l’ampleur de la perversité de la pensée, qui a guidé de façon continue la politique française en Afrique, et qui s’exprime crûment dans ces propos, pour comprendre la profondeur de la tragédie qui a été imposée à des millions d’Africains spoliés de leur liberté. Cette perversité semble incurable, puisque, envisageant la suppression de cette cellule africaine honnie, Bonnecorse dit qu’il faudra, près du président français, quelqu’un pour maintenir le « contact direct » – entendez la laisse – avec les présidents africains. Comment appellera-t-on cela ? Pas « cellule africaine 2 » quand même ?

Odile Tobner

 
 

 
 
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