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» Billets d’Afrique » 154 - 164 (année 2007) » 160 - Juillet Aout 2007 » Niger. La rébellion est de retour
 
 

Niger. La rébellion est de retour

 

Wanagooda est Nigérien et Touareg. Il exerce des fonctions d’élu dans le Nord du Niger où a récemment éclaté une nouvelle rébellion. Le MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) dénonce Areva et la corruption du gouvernement. Entretien.

Billet d’Afrique : Vous avez combattu aux côtés de Mano Dayak durant la rébellion des années 1990. Après la signature des accords de paix en 2001, vous vous êtes engagé en politique et aujourd’hui, vous avez décidé de sympathiser avec la rébellion. Pourquoi ?

W : Après la fin de la rébellion et la signature des accords, je n’ai pas voulu m’intégrer dans l’armée, j’ai préféré attendre les élections pour savoir si la démocratie annoncée permettait vraiment d’agir pour le peuple. Mais les populations du nord du Niger attendent depuis dix ans une décentralisation du pouvoir et leur intégration à la vie politique, mais elles n’en voient pas la couleur et cela a provoqué un ressentiment énorme. Le gouvernement ne respecte aucune des décisions prises par les élus locaux et ne tient pas compte des arrêtés municipaux. Les préfets se comportent comme si les élus locaux étaient des ennemis et ne veulent pas partager le pouvoir. Dans ma commune, le pouvoir est entre les mains de l’entreprise locale d’extraction de charbon, la Sonichar. Les accords de 2001 prévoyaient pourtant l’embauche de 300 touaregs dans les filiales d’Areva (Somaïr et Cominak), ils n’ont pas été respectés.
Areva prévoit deux nouvelles implantations dans la vallée de Tiroziren, sur les sites d’Imouraran et Gada. Une activité économique dont ne profite absolument pas les populations locales. Jusqu’à cent candidatures locales ont été déposé. Personne n’a été embauché et pourtant, les profils correspondaient aux critères exigés. Résultat, des candidatures de Niamey ont été retenues, sur une liste fournie par le préfet. Nous avons alerté le gouverneur, qui a promis de mener une enquête, mais il n’a pas donné suite.

Bda : N’est-ce pas là un problème interne au Niger ? Une entreprise française peut-elle passer outre les décisions de l’administration du pays pour faire appliquer des accords qui ne la concernent pas ?

W : Si Areva est neutre dans cette histoire, qu’elle le soit jusqu’au bout ! Le premier raid a eu lieu sur le site où la société veut s’implanter : 6 véhicules, des téléphones satellites et beaucoup de matériel ont été volés.
Depuis, l’entreprise est en train de négocier la venue de militaires français pour protéger son site. D’ailleurs, trois avions militaires français stationnent depuis 15 jours sur l’aéroport d’Agadez, on ne sait pas dans quel but. Et pourquoi des avions militaires français, il y a une armée au Niger, non ? Si la France envoie des militaires pour sécuriser Areva et lui permettre d’extraire tranquillement l’uranium du sol nigérien, cela s’appelle une deuxième colonisation et nous ne pouvons pas l’accepter. Avec d’autres élus, nous avons demandé à plusieurs reprises aux autorités compétentes d’avoir accès à la convention passée entre Areva et le gouvernement nigérien. En vain. Areva et l’Etat Français savent que le gouvernement est corrompu mais ils ferment les yeux. Parce que ça les arrange.
La rébellion s’attaque aux sites d’Areva et de la Sonichar pour faire comprendre que les gens sont mécontents, qu’ils ne peuvent pas continuer à vivre dans ces conditions. Il nous faut du travail. A cause de la désertification, les Touaregs ne peuvent plus vivre de l’élevage. Surtout les activités d’extraction d’uranium d’Areva à Arlit et celles de la Sonichar à Tiroziren ont gravement pollué l’environnement, les gens ont des problèmes de santé, il n’y a plus un seul arbre autour d’Arlit. Nous n’avons d’autre chemin aujourd’hui que celui des armes.

Bda : Le gouvernement nigérien accuse les rebelles d’être des trafiquants de drogue et des bandits armés et même des terroristes. Que répondez-vous à cela ?

W : Pour répondre à cette accusation, le MNJ a intercepté des trafiquants de drogue dans le désert et a remis à une organisation internationale la marchandise saisie. Il y a des trafiquants, mais ils travaillent avec le gouvernement et la présidence. Ils sont en train de transformer le Sahara en itinéraire de transit. Nous, nous n’avons pas les moyens de faire ça. Comme il est bien commode de nous accuser de liens avec des organisations terroristes islamistes. Nous le contestons vigoureusement. Le 22 juin, l’attaque d’un poste avancé de l’armée nigérienne à Tazarzatt, dans la région de l’Aïr à tué 15 militaires et capturé 72 autres au nord d’Agadez dont trente ont été remis à la Croix-Rouge. Par ces actes, les rebelles veulent forcer le gouvernement à reconnaître le mouvement et les contraindre à des négociations. Actuellement, le camp des rebelles du MNJ compte environ 1700 personnes et pas seulement des Touaregs. Plus d’une centaine de militaires Haoussas ont déserté pour rallier la rébellion. Le MNJ se bat pour la survie des peuples du Nord du Niger. Et si l’armée française s’en mêle pour protéger Areva, la situation va empirer. Je ne peux pas vivre en regardant les Français extraire la richesse de ma terre, avec l’accord d’un gouvernement corrompu, pendant que mon peuple meurt de faim. Des milliers de personnes ici pensent comme moi. La rébellion, c’est un pont qu’on est en train de construire pour les jeunes générations. Parce que pour nous, c’est fini.

Karim Binotot

 
 

 
 
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