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» Billets d’Afrique » 132 - 142 (année 2005) » 140 - Octobre 2005 » Oléoduc Tchad-Cameroun
 
 

Oléoduc Tchad-Cameroun

 

En mai 2005, l’ONG camerounaise d’environnement et de développement durable Focarfe a publié un rapport alarmant sur les nuisances de l’oléoduc Doba-Kribi. Le projet pétrolier et d’oléoduc Tchad-Cameroun élaboré et mis en œuvre depuis 2000, avec le soutien de la Banque mondiale, par le Consortium Exxon-Petronas-Chevron, comporte l’exploitation au Tchad de 300 puits, dans 3 champs pétrolifères, et le transport du pétrole à travers un pipeline souterrain s’étendant sur 1070 km, dont 891 au Cameroun. Le 6 septembre 2005, Amnesty international (AI), dans un communiqué présentant son rapport Renonciation contractuelle aux droits humains. Le projet de pipeline Tchad-Cameroun, a accusé le consortium et les gouvernements du Tchad et du Cameroun de mettre en danger les populations vivant à proximité de l’oléoduc. Un an et demi après le début des opérations pétrolières, de très nombreux dommages ont été constatés. D’une part les promesses d’aménagements collectifs, puits, dispensaires, installations sportives, n’ont pas été ou très mal réalisées. Les autorités des pays concernés sont restées passives devant ces manquements. D’autre part les déplacements de population ont soulevé beaucoup de problèmes tels que des difficultés d’accès aux champs, la restriction des espaces cultivables. Des paysans expropriés se sont retrouvés sans terre, obligés d’en louer ou de louer leurs services à ceux qui en ont. AI note « le climat de peur et d’intimidation » autour de l’oléoduc. La construction du pipeline a entraîné la pollution ou l’obstruction de nombreux puits, barrages de cours d’eau empêchant la navigation, inondation de terrains plantés. Au débouché de l’oléoduc, à Kribi, l’intense activité de pêche artisanale est empêchée par les installations du terminal flottant. On note la passivité de la Banque mondiale devant les abus du Consortium, malgré les recommandations - du reste généralement timides - faites par les représentants de la Banque, et qui ne sont que peu suivies d’effet. On note également l’absence de réaction des gouvernements concernés qui peut être interprétée comme une complicité avec le Consortium, lui assurant l’impunité, avalisant tous ses choix, et qui montre, en tout cas, leur incapacité à protéger les droits de l’Homme et l’environnement. Au Tchad la Banque mondiale, qui devait veiller à ce que les importants revenus du pétrole soient utilisés au bénéfice de la population, semble avoir renoncé également à tout contrôle sérieux.

Odile Tobner

 
 

 
 
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