Le site canadien cyberpresse.ca n’a pas hésité à faire une coupe franche dans la dépêche AFP du 22 octobre relatant la demande de Bagosora à la France. La phrase suivante a disparu : " La France est régulièrement accusée par l’actuel régime rwandais dominé par la minorité tutsie d’avoir entraîné et armé les auteurs du génocide, issus de la majorité hutue. Paris a toujours démenti toute implication dans le génocide qui a fait quelque 800 000 morts, selon l’Onu… " [1] ainsi que le restant du texte.
Cette version amputée n’aide sûrement pas le profane à prendre conscience des forts soupçons autour des responsabilités françaises dans ce drame, ni de la portée de cette dépêche. Comme si tous les éléments ayant trait à l’implication française dans le génocide au Rwanda avaient été gommés. Une conception de l’information pour le moins étonnante pour un site qui se veut le site web de nouvelles le plus complet au Québec, propriété de la société Gesca qui détient aussi, entre autres, le quotidien montréalais La Presse et le journal Le Soleil. Sans doute s’agit-il d’un oubli fâcheux mais l’on ne manquera pas de se rappeler que Gesca est une filiale de Power Corporation, du groupe financier canadien Desmarais - actionnaire de Total et Suez via sa filiale suisse Pargesa. Deux groupes français sont représentés au CA de Power Corp : Dassault, qui a lancé ses avions de chasse sur une partie de la presse française, et la banque BNP-Paribas, qui a laissé fonctionner en plein génocide une partie des comptes spéciaux des génocidaires rwandais, lesquels s’en sont servis pour s’approvisionner en armes [2]. Dans pareil contexte militaro-financier, la vérité pourrait n’être qu’un accessoire.
Olivier Guilbaud
